RITUEL DEL LOCO/ DU CLOWN

Clown

Un jour.
Un jour, bientôt peut-être.
Un jour j’arracherai l’ancre qui tient mon navire loin des mers.
Avec la sorte de courage qu’il faut pour être rien et rien que rien, je lâcherai ce qui paraissait m’être indissolublement proche.
Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai dégringoler.
D’un coup dégorgeant ma misérable pudeur, mes misérables combinaisons et enchaînement « de fil en aiguille ».
Vidé de l’abcès d’être quelqu’un, je boirai à nouveau l’espace nourricier.

A coup de ridicules, de déchéances (qu’est-ce que la déchéance ?), par éclatement, par vide, par une totale dissipation-dérision-purgation, j’expulserai de moi la forme qu’on croyait si bien attachée, composée, coordonnée, assortie à mon entourage et à mes semblables, si dignes, si dignes, mes semblables.

Réduit à une humilité de catastrophe, à un nivellement parfait comme après une intense trouille.
Ramené au-dessous de toute mesure à mon rang réel, au rang infime que je ne sais quelle idée-ambition m’avait fait déserter.
Anéanti quant à la hauteur, quant à l’estime.
Perdu en un endroit lointain (ou même pas), sans nom, sans identité.

CLOWN, abattant dans la risée, dans le grotesque, dans l’esclaffement, le sens que contre toute lumière je m’étais fait de mon importance.
Je plongerai.
Sans bourse dans l’infini-esprit sous-jacent ouvert à tous,
ouvert à moi-même à une nouvelle et incroyable rosée
à force d’être nul
et ras…
et risible…

Henri Michaux, “Peintures” 1939.
Expérimentations réalisées lors de la résidence-exposition “Primitivisme Contemporain: du Rituel à la Mythologie Personnelle, ou l’inverse.” à la Briquetterie, Amiens en mars 2015.

L’angle d’une pièce, habillé de rideaux blancs presque transparents, comme les jupes d’une femme, grande, douce et protectrice. A l’intérieur, un miroir, des maquillages, toutes sorte d’habits.
Face au miroir, assise, je me déshabille. Nue, je me regarde, je respire, lentement… je me regarde et je laisse monter en moi la transformation. Je vais, pour un moment libérer “el loco, le fou, le clown”.
El loco, c’est celui qui peut tout se permettre, parler, crier, s’énerver, rire, chanter, danser, s’immobiliser, profiter de son ego à pleines gorgées sans se soucier du regard-miroir de l’Autre.
Nous sommes plusieurs et les règles sont simples: Nous pouvons toutes passer de l’autre côté mais il doit toujours en rester une qui ne se transforme pas. Celle qui reste ne doit pas entrer dans le monde du clown s’il ne l’y a pas invité,

 

Une fois la transformation opérée ne pas utiliser les prénoms mais le terme “le clown”

Le clown peut tout sauf habimer les lieux

 

 

oeuf

 

 

 

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Clown
Un día.
Un día, pronto quizá.
Un día arrancaré el ancla que retiene a mi navío lejos de los mares.
Con esa especie de coraje necesario para ser nada y nada más que nada.
Me soltaré de todo lo que me parecía indisolublemente próximo.
Lo cortaré, lo voltearé, lo romperé, lo haré precipitarse en el abismo.
De golpe destapando mi pudor miserable, mis miserables combinaciones y encadenamiento “paso a paso”.
Vaciado del absceso de ser alquien, beberé de nuevo el espacio estimulante.
A fuerza de ridiculeces, de venirme abajo (¿qué es venirse abajo?), por estallido, por vacío, por una total disipación-irrisión-purgación, expulsaré de mi la forma que se creía tan bien adherida, compuesta, coordinada, adecuada a mi contorno y a mis semejantes, tan dignos, tan dignos mis  semejantes.
Reducido a una humildad de catástrofe, a una nivelación perfecta como después de una intensa batahola.
Devuelto por debajo de todo medida a mi rango real, al rango ínfimo del que no sé qué idea-ambición- me hiciera [desertar.
Aniquilando en cuanto a la altura, en cuanto a la estimación.
Perdido en un rincón lejano (o ni eso), sin nombre, sin identidad.
CLOWN, derribando en la carcajada, en la risotada, en lo grotesco, la sensación que contra toda evidencia me había hecho de mi importancia,
Me hundiré.
Sin un centavo en el infinito-espíritu subyacente abierto a todos, abierto yo mismo a un nuevo e increíble rocío
a fuerza de ser nulo
y chato…
y risible…
Henri Michaux, “Peintures” 1939.
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